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A midi, j'ai taichi !

 

Depuis quelques années, Sophie M. enseigne le taichi chuan à des salariés de plusieurs organisations qui travaillent dans le même bâtiment à Paris. Nous avons interviewé Corinne, Hélène, Madeleine et Justine sur leurs motivations à pratiquer une activité sur leur lieu de travail et sur leur choix du taichi chuan. Ce cours est né de l’initiative de Sophie, à la fois salariée et professeur de taichi chuan, et de salariés souhaitant profiter de la pause méridienne pour réaliser une activité physique. Pour la majorité d’entre eux, ce cours fut une découverte de la discipline.

A la question, "quels sont les avantages de pratiquer sur le lieu de travail et sur le temps du déjeuner", le premier argument est l’aspect pratique, « c’est sur place, à proximité, pas de temps de transport supplémentaire, je n’ai pas à courir »« c’est un gain de temps, je ne rallonge pas ma journée ». En effet, peu d’entre elles ont le temps de pratiquer une activité après la journée de travail. Elles préfèrent se consacrer à leur famille et autres obligations personnelles. Et puis le soir, après la journée de travail, la fatigue ou le manque de motivation peuvent être des freins.

C’est aussi, une excellente pause en milieu de journée. Pour toutes, c’est « une pause salvatrice où j’oublie tout »« c’est un temps pour moi où  je prends soin de moi ». Ce temps pour soi-même qu’elles s’accordent leur permet de préserver un équilibre entre leurs vies professionnelle, familiale et personnelle.
Pour certaines, cette activité « sur place » leur permet également d’être plus assidues sur une longue durée. L’activité, notée sur leur agenda est aussi importante que les autres rendez-vous de la journée. Et si parfois, l’envie est moins présente,  « je sais que mes collègues vont m’appeler ou venir me chercher ! ».
Car en effet, l’intérêt de pratiquer sur son lieu de travail est aussi de créer des liens particuliers avec ses collègues de travail.  Le cours est l’occasion de « rencontrer ses collègues dans un autre contexte », de « découvrir d’autres facettes de leur personnalité ». Une dynamique de groupe s’établit et peut changer des comportements individuels : « Je ne suis pas très sociable mais je me rends compte que je suis plus ouverte et je parle plus avec mes collègues ». Le cours se prolonge souvent par un déjeuner en commun.

Voyez-vous un inconvénient à cette formule ? « Aucun », nous ont répondu spontanément les pratiquantes. Il y a bien sûr parfois les réunions qui débordent mais elles veillent à ce que cela se produise le moins souvent possible afin de préserver ce rendez-vous essentiel. Elles disent également avoir la chance de faire partie d’un groupe bienveillant et d’avoir de bonnes relations entre tous. Car cela ne va pas toujours de soi. « J’ai essayé un autre cours mais je n’ai pas senti le groupe. Je me suis sentie jugée, jaugée. J’ai arrêté ». La « mayonnaise » ne prend pas toujours…

L’interview se poursuit sur les bienfaits du taichi chuan personnellement et professionnellement.
Les bienfaits sont multiples. « Je me sens physiquement plus détendue. J’arrive à me décharger complétement une fois par semaine ! ». Toutes progressent en terme de souplesse et d’équilibre : « J’ai fait récemment une chute de vélo. Je ne sais pas comment j’ai fait mais j’ai sauté de mon vélo et je me suis retrouvée sur mes 2 pieds. Je serais tombée auparavant au risque de me faire très mal ». Assurément pour deux d’entre elles qui ont chuté en vélo, le taichi chuan permet d’acquérir de bons réflexes afin de se protéger, se préserver. Il permet aussi de se découvrir de nouvelles capacités physiques. Elles disent se tenir plus droite, se sentir plus stable.
Une autre témoigne : « J’ai des soucis avec les canaux carpiens. Mon médecin m’incite à me faire opérer. J’espère retarder cette opération par de meilleures postures et des exercices de détente musculaire ».

Le taichi chuan permet aussi de travailler sa mémoire et la concentration : « L’enchaînement m’aide à faire travailler ma mémoire. Il faut se rappeler de tous les mouvements. Je m’entraine aussi chez moi dès que je peux ».  C’est un vrai apprentissage qui développe aussi la rigueur.
« En pratiquant le taichi chuan,  je me sens aussi plus sûre de moi quand je suis dans la rue.  J’habite un quartier populaire. J’ai moins peur car je me sens capable de me défendre ».

Et professionnellement ? Les effets sont aussi nombreux.
 « Je me sens plus détendue, plus gaie.  D’ailleurs mes collègues me le disent, ce n’est pas qu’une impression personnelle ». Les relations de travail sont plus ouvertes, plus collaboratives : « C’est le bon moment de me demander des choses après mon cours ! ».
Le stress diminue : « J’apprends à relativiser, à prendre de la distance, à me canaliser. Et j’y arrive ! ». La majorité d’entre elles ont constaté un changement dans leur attitude, leur manière d’appréhender une situation. « Sophie fait le parallèle entre la pratique et les relations de travail : j’ai appris à ne pas lutter, résister car cela ne sert à rien. Mais plutôt d’argumenter ou d’esquiver ».
« Je me suis surprise à dire non. J’en aurais été incapable auparavant. J’aurais foncé tête baissée Mais j’ai expliqué ma position sans agressivité, en présentant des arguments et tout s’est bien passé, la personne a compris». « "Le taichi chuan me permet d’avoir plus d’aplomb, de m’affirmer ».  Beaucoup d’entre elles disent que le taichi leur permet de penser différemment… Lorsque le corps transmet la bonne voie à l’esprit !
De nouvelles habitudes s’installent aussi : «  je travaille 8 heures par jour sur l’ordinateur. Je fais maintenant une pause toutes les 2 heures. La prof nous a sensibilisé sur les risques TMS (troubles musculo squelettiques) et nous a montré quelques mouvements pour les éviter. Je m’étire, je compense les périodes d’immobilité ». Une façon de finir la journée en meilleure forme.

Pour conclure, le taichi chuan apparaît comme une discipline très complète, et même sur les plans esthétique et intellectuel. « A chaque fois, c’est différent, c’est une discipline avec laquelle on progresse tout le temps que ce soit par le souffle, le mouvement, l’esprit ».
« Pratiquer pour moi le midi sur mon lieu de travail génère un autre rapport au travail. Mon lieu de travail devient un lieu de vie. Je sors de mes habitudes. C’est une rencontre avec moi-même et avec l’autre ».