27 rue Claude Decaen - 75012 Paris

Le seul moment de la semaine où je suis calme !

Sophie M est enseignante titulaire du CQP taichi chuan.

J’ai commencé à enseigner le tai chi chuan dans le bâtiment où je travaillais, un peu par hasard. Quelques collègues attribuaient ma bonne humeur à cette pratique, et souhaitaient la découvrir.  Une salle était disponible et mon professeur me suggérait de passer le monitorat. J’ai accepté.
Je n’étais pas convaincue par la pertinence d’un cours d’une durée d’1h30, sur la pause déjeuner, avec des élèves arrivant directement d’une réunion souvent, pour y retourner immédiatement après. 
Le cours a commencé une fois par semaine. La rumeur a couru, et progressivement, un noyau dur s’est formé. J’adaptais ma pédagogie. Il fallut, par exemple, insister délicatement sur l’importance de la langue « délicatement posée à la naissance du palais » en début de séance pour tarir les discussions professionnelles.
Mais un jour, à la cantine, je reconnus avec peine une de mes élèves. Elle était si agitée et maladroite avec son plateau repas que je me suis inquiétée de son état. Elle me répondit, dans un grand éclat de rire : « mais non, je vais bien, je t’assure. Je suis toujours énervée comme ça. Tu ne t’en rends pas compte parce que le tai chi m’apaise. Et c’est d’ailleurs le seul moment de la semaine où je suis calme ! ». Cela me fit réfléchir sur mes objectifs pédagogiques : un cours réussi est-il absolument celui qui permet d’apprendre parfaitement la forme ?...
Ce cours devait être une expérience de courte durée. Il dure depuis plus de 10 ans.
Bien sûr, la progression n’est pas celle d’un cours du soir. Certains élèves viennent par commodité et auraient tout aussi bien pu faire du yoga. Peu connaitront la forme en entier et seront capables de la pratiquer seuls.
Mais j’ai pris conscience de l’importance de cet espace de respiration et de prise de recul que nous pouvons leur offrir, justement en étant au cœur de la fourmilière professionnelle.

Un français sur deux ne pratique pas d’activité sportive, alors que l’on en connait l’importance pour le bien-être et la prévention de nombreuses maladies. La cause principale est le manque de temps de temps (1).
Créer un cours en milieu professionnel, c’est ouvrir cet accès à tous ceux qui ont de fortes charges familiales : les parents de jeunes enfants et les aidants familiaux (qui représentent 11 millions en France aujourd’hui).
Et quel plaisir de voir se créer, en milieu professionnel parfois éprouvant, un réseau convivial et fraternel !

(1) Enquête réalisée par OpinionWay et l’IRMES,  en 2016 pour Attitude Prévention.